Vous demandez-vous, parfois comment vous vous débrouilleriez s’il vous arrivait de perdre votre identité ? Moi, oui. Surtout ces temps-ci. Ce qui m’amène à me pencher sur un tel sujet, c’est qu’après un grand vent hors de l’ordinaire, les fines herbes de ma balconnière ont vu s’envoler leur carte d’identité. Pas toutes ! Heureusement ! Mais il y en a quatre ou cinq parmi elles qui ont perdu la carte. Je m’imagine parfois les entendre causer entre elles.

« Est-ce toi, ou moi, le Romarin ? »

« Curieux ! il me semble qu’on m’appelait : le Fenouil avant que ce grand vent de malheur parte avec mon identité. Et toi, en face de moi, qui es-tu ? »

« Sais pas. Si je me souviens bien, pour rire de moi, j’imagine, on m’appelait : la grande Coriandre. Mais, je n’en suis pas certaine. Je crois qu’on me prenait pour une pimbêche montée à la graine. Et toi, ma voisine de gauche comment tu t’appelles ? »

« Bizarre ! Je croyais que c’était moi : la Coriandre… »

« Ben ! Pantoute » – s’écrie la première – « C’est de l’usurpation d’identité. Il me semble que tu étais la Marjolaine du balcon… Et, si je me souviens bien, on ne t’utilisait pas souvent parce que tu n’étais pas très belle. »

« Ah !... Tu te prends pour qui, toi ?… avec ton toupet tout jauni… »

Pauvres herbes. Comment voulez-vous que moi, je les distingue. Elles ne se reconnaissent même pas entre elles. Je m’efforce de humer l’odeur de chacune. Je me trouvais bien bonne pour les différencier avant cette catastrophe. Maintenant, je ne sais plus. C’est quoi la senteur du thym ? Et celle du romarin ? Peut-être veulent-elles me jouer des tours. Elles ont toutes la même odeur à ce qu’il me semble. Elles ne peuvent pas avoir changé de pots comme ça. Ah !... Le vent… peut-être ? Ben non ! Ça n’a pas de bon sens. Il n’y a pas que mes herbes qui sont mélangées. Moi aussi.

Pour m’aider à les identifier, j’ai recours à mon étagère à épices, là où j’entrepose, par ordre alphabétique les mêmes fines herbes, mais, séchées. Voilà, j’ai sûrement trouvé le bon moyen de les identifier. Pensez-vous ! Le romarin séché, ça ne sent pas le romarin frais. Du moins je n’ai pu localiser, sur le balcon, une odeur qui ressemble à celle de la bouteille. Peut-être le vent l’a-t-il emporté ? Peut-être est-il rendu sur le balcon de la voisine ? Je ne suis quand même pas pour sonner aux portes afin de m’informer : « Madame, vous n’auriez pas vu mon romarin au travers de vos fleurs sur votre balcon ? Voulez-vous jeter un coup d’œil, s’il vous plaît ? » Non ! J’ai peur d’être mal vue. Ça ne se fait pas. Je vais attendre. Probablement qu’un vent contraire me le ramènera un bon matin.

En attendant le retour du romarin, lorsque j’annoncerai pompeusement mes menus à mes invités, dorénavant, je dirai : « aromatisé aux fines herbes de ma balconnière ». Tant pis pour les fines herbes, je ne les nommerai plus. Je ne suis quand même pas pour expliquer à mes convives que mes herbes ont perdu la carte.

 

Mimosa

11 juillet 2004

Édition et mise en page: Polysec