Un chef déchu à la solde de nouveaux maîtres

Faut vraiment la prétention de Lucien Bouchard pour supporter le projet du CHUM à Outremont supporté par les Démarrais, Couture et St-Pierre afin de construire du même coup une faculté de médecine et une technopole médicale pour l’Université de Montréal, malgré le passage à quelques mètres de trains transportant des matières dangereuses.

Sa compétence à saborder sauvagement notre système de santé, selon les plans théoriques du ministre technocrate Rochon, lui donne sans doute l’audace d’intervenir dans le débat actuel. Autrement dit, pour faciliter le surdéveloppement de la recherche de haute technologie médicale, n’hésitons pas à kidnapper les pauvres malades de l’est pour les livrer aux mains des docteurs-chercheurs réfugiés dans leur technopole sur la montagne. Dans toute cette question de la construction d’un hôpital universitaire, personne n’a rappelé les avertissements prophétiques de René Dubos en 1961 : «…l’effort industriel pour produire un progrès de la santé constitue une maladie infectieuse dont la profession médicale est l’agent pathogène Â». Lui-même victime d’une maladie infectieuse grave, monsieur Bouchard sera sans doute sensible à cette conclusion ! Les propos d’Yvan Illich et de plusieurs études, citées dans son « Némésis médical Â» de 1975 sur le caractère pathogène des services publiques de santé quand ils dépassent certains seuils de développement, auraient pu jeter une lumière objective dans le choix des projets proposés. «… 1/5 des malades admis dans un hôpital universitaire moyen y contractent une maladie iatrogène… et 1/10 de ces cas sont l’effet de procédures techniques à but diagnostique Â». Chaque jour, on rapporte de nouveaux cas de maladies « nosocomiales Â» c’est-à-dire des maladies contractées en milieu hospitalier, parce que les budgets, dévorés par la médecine technologique et la recherche, ne permettent plus l’entretien hygiénique de base ! Le sens commun recommande alors le choix d’un hôpital universitaire le plus convivial pour les malades qui y séjournent et où les conditions sanitaires d’hygiène fondamentale sont assurées au maximum ; les spécialistes et chercheurs pourront alors y intervenir sur des malades susceptibles de répondre adéquatement à leurs actes médicaux hautement spécialisés et aider objectivement à leur recherche de pointe sur la maladie en question.

Entre « les grands projets Â» pathogènes et le « petit pain Â» salubre, quand on n’est pas à la solde des multinationales de « grands projets techniques Â» on choisit, dans le domaine de la santé publique, la simplicité conviviale avec les malades et leur protection contre la recherche boulimique des techniques médicales de pointe ! Pointes acerbes de techniques et médications qui souvent charcutent et immolent ceux qui les subissent pour l’avancement de la science et qui n’ont jamais abaissé le taux de morbidité du commun des mortels, selon les rapports scientifiques sur le sujet. Il doit plutôt y avoir des contrats qui flottent du côté des multinationales. Le mépris de monsieur Bouchard pour les travailleurs de la santé, de Vidéotron et de la SAQ plus récemment, révèle une vénalité rivalisant avec celle de Jean Chrétien au service des pétrolières pour collaborer avec les dictatures d’Asie pour y exploiter les populations. Son opinion sur l’hôpital universitaire le plus apte à soigner le « petit peuple Â» de Montréal ne peut que provoquer la méfiance ! C’est pourquoi, le site de l’actuel hôpital Saint-Luc, où monsieur Bouchard a d’ailleurs été soigné magistralement, nous apparaît répondre le plus adéquatement aux exigences d’un futur CHUM d’abord orienté vers les soins des malades et ouvert à une recherche médicale respectueuse de la santé des patients qu’elle doit servir plutôt que de les asservir aux progrès de la science.

Jean-Rock Roy

Montréal, 15 mars 2005

Édition et mise en page : Polysec