L'Avocat

Je l'ai rencontré à deux reprises dans le passé. Parce que nous écrivions tous deux un journal. Parce que nous étions les mal-aimés du cercle des diaristes. Parce que j'aimais son humour mordant et méchant. Parce qu'il voulait savoir, comme d'autres, si j'étais vraiment une nana.

La première fois sur mon heure de lunch, dans un petit resto asiatique. Une heure trop courte dont je ne me souviens de rien sauf de ses yeux noirs. Une deuxième fois, dans un café, pour discuter d'un projet que nous n'avons jamais réalisé.

Inachevé.

Je traîne ce sentiment depuis deux ans.

Je le relance. Je suis seule depuis plusieurs mois. Il est seul aussi. Il propose un souper dans un resto, je contre-propose un souper chez lui. Il hésite. Je suis peinée. Il ne sait pas cuisiner dit-il. Je suis soulagée. Diantre, j'apporterai des sushis ! Il accepte, me donne son adresse et je me rends chez lui.

Étonnement ! Je le voyais habiter un loft, divans en cuir, et murs blancs. Il habite un coquet cottage, dans une banlieue remplie d'enfants. Des plantes, des coussins colorés, des carpettes moêlleuses, une table bien mise où trônait une nappe de dentelle d'une qualité telle qu'elle ne peut venir que de sa grand-mère compose un décor qui va à l'encontre de tout ce que j'avais imaginé. "Le Chat" me flaire dédaigneusement, pour se lover sur les genoux de son maître, me signifiant ainsi sa propriété. Toute noire, elle me dardera toute la soirée... et toute la nuit de son regard vert.

L'Avocat sait pourquoi je suis là. "Le Chat" aussi. Il se montrera, comme lors de nos précédentes rencontres, d'une timidité incongrue. Ses yeux sont doux, son sourire est doux, ses mains sont douces. Il n'a plus rien de l'avocat bête, méchant et cynique.

Il a été un hôte délicat. Il m'a reçue comme une reine.

J'ai fait l'amour avec l'Avocat.

Sophie

 
 
 

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