J'aime l'amour

Je flotte dans tous mes pantalons. Je n'ai plus rien à me mettre. Je suis... folle de joie ! Moi qui peine et sue avec ma gym, qui combat sans relâche pour crever de faim, voilà, que je fonds (serait-ce que je me consume ?) .

Fais-moi mal encore que je lui dis. Je vais finir par n'avoir que la peau et les os. "Tu es encore malade ?" m'a-t-il demandé sur une terrasse ensoleillée, alors que je tentais d'étouffer discrètement ma toux. "Oui, un peu" que j'ai répondu malhonnêtement. En fait ça fait maintenant des semaines que je suis malade. Que je me meurs.

J'ai du arrêter mon obsession de petits pots de crème. Ma maman m'a vue, m'a trouvée moche et m'a grondée. Elle m'a intimée de revenir à mon bon vieux Noxzema. "Tu as la peau sensible me dit-elle, elle ne supporte pas les produits".

D'accord maman !

J'ai cessé de résister. En fait, ça me fait penser à mon accouchement. Je tenais à vivre la naissance de ma petite sans anesthésie. Je voulais vivre chaque seconde. Or, il vient un moment où la douleur prend toute la place, où à chaque contraction on se dit "Non, non, pas une autre, non nooonnnnnn", on serre les dents, on serre les barreaux du lit, et ça fait encore plus mal. Donc on chiâle, et le médecin s'empresse de proposer la péridurale. Cette envie de dire oui, oui, oui ! Gelez-moi, assomez-moi, tuez-moi, extrayez-ce bébé ! Puis un père qui nous rappelle qu'on ne voulait pas. Inspire, expire, sois molle, laisse venir les vagues, laisse-toi submerger, accueille la douleur. Je me visualisais, béluga échoué sur la plage, la mer, la mère, qui grondait, et les vagues... je me laissais renverser et la vague se retirait, me laissait hébétée. Une vague à la fois. Ça ne faisait plus mal. J'ai mis mon bébé au monde moi-même, je n'étais pas une spectatrice droguée, gelée qui laissait le personnel médical m'accoucher. J'ai vécu chaque seconde de sa naissance, dans mes chairs, dans mon coeur, dans ma tête.

Donc je ne résiste plus, je suis molle, je savoure chaque instant, j'accueille la mer. Ça ne fait plus mal. Je suis en train de venir au monde. Je vis.

Sophie
 
 
 

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