Un pudeur incongrue m'empêche de lui exprimer par mail tous les désirs qu'il fait naître en moi. Étrangement, cette pudeur est
absente ici. Comme si le fait d'être perdue dans une foule me rendait plus anonyme. Et aussi, peut-être, que Sophie est plus
dégourdie que son auteure.
Laissez-moi vous parler de lui...
Il est de ces séducteurs qui s'ignorent. Du genre qui se croit sans intérêt, car il n'a jamais pris la peine de lever les yeux
sur celles qui le regardaient. Il est, en fait, très beau, mais le miroir, pour lui, n'est qu'un outil pour se raser. Il est d'ailleurs
toujours bien rasé. Ses cheveux ne sont jamais, contrairement à moi, ébouriffés, mais bien coupé et placé. Les ongles manucurés aussi.
Les chemises et complets griffés, de bon goût. Il pourrait paraître trop soigné si ce n'était qu'il a toujours quelque chose... de travers. Un collet
de chemise, la cravate, la chemise mal rentrée dans son pantalon (je le sens déjà rougir et pester à cette étape et je suis morte de rire).
Son allure générale est plutôt froide, gestuelle calculée presque. Il serait peu expressif, si ce n'est du feu qui brille dans son regard doré. Ajoutez
à cela un sourire de gamin, et Sophie est toute chose.
Parce que toute chose, je le deviens vingt fois par jour. Dès que je ne dois pas me concentrer sur quelque chose, mes pensées vagabondent. Et ses
pensées n'ont rien de philosophiques ni même romantiques.
Je suis obnubilée par chaque détail. Je n'arrive pas à trouver quelque chose qui me déplaît. Il ne se parfume pas, son savon est discret, ce que j'aime
c'est son odeur à lui. Ce que j'aime, et ce dont j'ai envie, c'est de me répandre contre sa poitrine, qu'il a large et.. confortable. Il est bien planté,
des jambes solides, des cuisses qui remplissent des jeans, des fesses rebondies. Lorsqu'il m'enveloppe, je disparais, encore plus si je suis pieds nus.
J'ai presqu'envie de bannir mes talons, puisque je sais qu'il m'aime "petite". S'il me soulève, c'est sans effort. Plus envie de crever
de faim, puisque je suis si légère... :-)
Il a cette drôle de manie, de me "palper". Il teste la fonctionnement des articulations, la souplesse de chaque vertèbre, l'ouverture de la hanche,
comme s'il était chiropraticien. Je me soumets à cet examen minutieux. A chaque fois. C'est pour le moins étrange. Et fascinant.
Lorsque nous nous voyons, il est très bien élevé. Jamais un geste déplacé avant que je donne clairement le signal. Pourtant, je sens
la brute en lui. Il se contient, cause, m'offre à boire, est parfaitement galant. Ça m'amuse, ces bonnes manières de façade, dictées
par une éducation rigide ou une simple timidité. Je sens en fait que ce qui lui passe par la tête n'a rien à voir avec ces politesses.
Mais il ne sait pas encore comment je réagirais, ni si mon désir est animé de la même force primitive que le sien.
Je lui laisse donc le soin de risquer la gifle.
Mais entre vous et moi (ça aussi c'est un secret), il ne risque pas grand chose. Car en fait, ce qui me vient
en tête quand je pense à lui (sans que cela n'exclu totalement le reste), c'est plutôt une avalanche d'entrelacements de membres,
d'échanges linguistiques, de sa langue sur mon sexe, de sa main qui me maintient ou qui m'ouvre la cuisse. C'est moi qui se fond sur lui,
ou lui qui m'écrase de son poids. C'est mes jambes qui l'enlacent, c'est les sons, ses gémissements, qui remplissent la chambre. C'est aussi
sa peau, trop chaude partout, avec ces zones, brulantes. Phénomène que j'étudierai davantage la prochaine fois.
Je me suis achetée un nouveau chemiser, tout blanc, tout simple. Un chemisier doté de dizaines de minuscules boutons pression en plastique.
J'ai testé dans la cabine d'essayage. On tire, d'un coup sec, et il s'ouvre de haut en bas, dans un bruit de déchirement. J'aime bien. Ce sera
mon chemiser "spécial amant impatient".
Sophie