Avouons que je suis étonnée que nous soyons encore ensemble. Au moins dix milles raison de nous quitter. Après
la quatrième lettre de rupture non envoyée en quatre mois, j'ai décidé d'abandonner. Je ne suis plus capable de le quitter.
Mais comme cette douleur lancinante me manquait, et bien je lui ai écrit une lettre d'adieux, ma foi, pas piquée des vers,
si je la publiais, les romantiques laisseraient couler une larme. En fait, je le laissais me quitter.
J'étais étendue dans ma chaise longue, au soleil (ouais, mais avec une couverture car il ne fait que 15 degrés),
je venais de composer ma lettre, et je la peaufinais dans ma tête, question d'ajouter un peu plus de drame. Non mais une lettre
d'adieux, on ne peut pas faire ça vite. Il faut se dire qu'elle sera peut-être lue et relue, chiffonée avec rage, ou imbibée
de larmes de détresse... Alors aussi bien faire les choses avec dignité.
Ma réflexion terminée, je rentre faire quelques ajustements, il apparaît sur MSN, et il m'écrit "Ne me quitte pas".
Puis encore "Ne me quitte".
Et une autre fois "Ne me quitte pas".
Depuis que nous nous fréquentons, son sixième sens m'épate. En fait, il m'en avait fait la démonstration par mail, avant
même que nous nous voyions pour la première fois. C'est comme si ses antennes lui lançaient un signal, et qu'il savait exactement
à quel moment je sombrais dans le délire. Puis, il tend la main, me saisit in extremis par le bras et me ramène contre lui.
Bon, je me demande pourquoi il attend toujours à la dernière minute, mais ça aussi, ça ajoute du drame !
Si je relis mes chroniques le concernant, je suis étonnée de l'absence de la dimension érotique dans mon écriture. Pourtant,
je peux affirmer que les montagnes russes émotionnelles ne sont que la pointe de l'iceberg de ce qui nous unit. Bien sûr,
nous discutons. Il est évident que je l'aime. Mais... de sa seule main déposée au creux de mes reins, il me fait ovuler. Moi
qui a toujours été réglée comme une horloge, j'en suis toute débalancée. Je suis rentrée, ce jour là, la brûlure de sa main dans mon
ventre. Puis en soirée, j'ai senti que j'ovulais, un point lancinant dans l'ovaire gauche.
Mais les jours n'étaient pas bon, alors j'ai attribué à un malaise passager. Et puis non, j'ai eu mes règles 14 jours plus tard.
Ou encore nous mangeons dans un resto, nous discutons gentiment de travail et de banalités, puis il cesse de parler, son doigt court sur
mon avant-bras, il pense à ÇA, et moi, je m'électrifie sur le champ, je sens une montée de désir brutal m'envahir. Comme si son
doigt communiquait à mon avant-bras les images de ce qu'il est en train de me faire dans sa tête.
Je me sens comme une adolescente assoiffée. Mes gémissements me réveillent la nuit, je reste là, hébétée, étonnée d'être seule.
Il est parti hier. Pour neuf jours. J'ai passé la journée à errer, je me suis tapée une migraine d'enfer. Aujourd'hui, suis
contente, soulagée. Ses départs me reposent. Il me manque déjà.
Nous avons dix milles raisons de ne pas nous quitter.
Sophie