Passé quelques jours à l'extérieur, pour une série de conférences.
L'une d'elle, dans une salle avec plusieurs tables, un sujet qui me passionne, un conférencier à l'allure somme toute banale.
Je suis, comme je l'étais enfant, assise en avant, avec trois autres collègues, nous grignotons des affreux petits sandwichs pains blancs, coupés en triangle.
Puis il se met à parler. Une voix chaude, un accent indéfinissable, des intonations qui captivent l'attention.
La quarantaine sonnée, crane un peu dégarni, sans être bedonnant, disons… solide. Pas le genre qui attire mon regard habituellement. Mais la gestuelle est belle, les mains parlent et virevoltent, il discourt presque sur le bout de mes chaussures.
Je suis attentive, bonne élève, et il s'adresse à moi. Le regard droit et franc, pas une seule fois ne s'est attardé dans l'ouverture de mon tailleur ni sur mes jambes, sagement croisées mais qui se décroisaient moins sagement parfois.
Une conférence d'une heure trente juste pour moi, qui nous ont valu quelques regards interrogateurs. Un monologue instructif et un dialogue troublant. Celui de deux regards qui tiennent un tout autre discours.
La journée terminée, tout le monde passe à sa chambre, pour se rafraîchir, pour prendre ses mails ou rassurer des épouses/époux et embrasser ses petits. Je mets un soin particulier, et peste contre ma valise minimaliste. Je n'ai qu'un col roulé à mettre. Tant pis, je mets mes cheveux ébouriffés, mes yeux de biche.
J'anticipe avec délice le souper, où alcool aidant, les collets savent si bien se ramollir. Je pourrai sûrement faire connaissance avec mon conférencier.
Je suis déjà assise, stratégiquement, de façon à ce qu'il puisse, par le plus pur des hasards, prendre place à ma gauche, à ma droite ou encore en face. Je ne lève pas les yeux du menu, il y a des limites à solliciter, mais je le sens pénétrer dans la salle. Il prend place à l'autre bout, avec un autre conférencier, calquant sa tactique sur la mienne. Pas un regard. Des collègues prennent place autour de moi, et s'ensuit des discussions mortelles et professionnelles surtout. Je suis un peu… morose.
On lève un toast, sur cette merveilleuse série de conférences, je risque un regard, il le capte, lève son verre à mon attention et me tape un clin d'œil coquin et moqueur.
Je déteste les séducteurs.
Sophie