Petit courriel de l'Avocat, suite à ma dernière chronique :
Chère Sophie,
Lorsque la solitude te ronge, plutôt que de risquer de tomber dans les bras d'un amant sans
expérience et maladroit, je te suggère plutôt de me téléphoner. Je ne revendique pas le titre
d'amant de service mais bien celui d'un ami dévoué et disponible.
Bise
François
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- François ? C'est Sophie !
- Bonsoir Sophie, tu vas bien ?
- Ça te dirait de sortir ce soir ?
- Euh... demain peut-être ? C'est que ce soir... enfin...
- Tant pis ! Une autre fois alors ! Bye !
Ça m'apprendra, tiens ! ;-) J'étais en train de ronger mon frein, déçue, lorsque le téléphone a
sonné. C'était Rachel.
- Hello So ! Es-tu libre ce soir ? Je sais que je suis à la dernière minute, mais Sergio a invité
un vieux copain d'école à souper et ce serait chouette si nous étions quatre ! Il est gentil, c'est
un anglophone, il est très cultivé et sympathique !
J'en aurais pleuré de joie !
- Super Rachel, tu ne pouvais pas mieux tomber. Je suis déjà toute prête, à quelle heure tu veux que
j'arrive ?
- Alors viens tout de suite, tu m'aideras avec mon souper, tu peux arrêter à l'épicerie pour prendre...
Je suis donc allée faire les courses que Rachel m'avait demandé, avec quelques extra et nous avons
cuisiné et papoté tout en buvant du vin. Sergio est arrivé plus tard, avec l'ami en question. Un joli
garçon, avec des petits cheveux noirs coiffés en pic, des lunettes en cornes noires et un visage tout rond. Des
yeux bleus, très vifs aussi.
- Bonsoir, je m'appelle Benjamin, mais tout le monde m'appelle Ben, se présenta-t-il, avec un charmant accent tout
en me tendant une main plutôt délicate et soignée.
- Salut ! Moi c'est Sophie.
- Je sais, Sergio m'a beaucoup parlé de toi.
Je me sentis rougir en pensant à ce que Sergio pouvait bien avoir dit de moi.
- En bien, naturellement, précisa-t-il, comme s'il avait deviné mon malaise.
Le souper a vraiment été agréable. Ben, faute d'être mon type physique, est vraiment charmant.
Et son air intello n'est pas pour me déplaire. Il semblait apprécier ma cuisine, ainsi que Sergio d'ailleurs,
habitué aux fantaisies souvent brûlées de Rachel ! ;-)
Vers 23h, Ben annonça son départ, à ma grande déception. J'ai aidé Rachel à nettoyer la cuisine et j'ai décidé de
partir aussi, ayant presque une heure de route à faire.
Il faisait si froid que je laissais ma voiture réchauffer tout en fouillant dans ma boîte à CD afin de trouver
celui de Gino Vanelli. Lorsque je me suis relevée, Ben était à ma fenêtre !
J'ai crié de surprise, puis j'ai baissé
ma vitre.
- Je vous attendais mademoiselle ! Vous en avez mis du temps !
- Mais enfin, qu'est-ce...
- Serais-ce trop osé de te proposer l'asile dans mon humble demeure plutôt que de retourner chez toi
dans ce froid et cette poudrerie ? Ma proposition étant tout ce qu'il y a de plus honnête, je dispose
d'une chambre d'ami, pour dormir, d'une bibliothèque pour lire, d'un grand choix de musique et j'ai de quoi
préparer un petit-déjeuner de rois pour demain matin.
- Enfin... pourquoi pas ?
- Merveilleux, suis-moi, j'habite tout près !
J'étais intriguée. Ben n'a rien d'un dragueur mais je le trouvais drôlement sûr de lui, pour
m'inviter ainsi. Et puis j'appréciais aussi la technique, soit celle de m'attendre, dans le but d'être discret
vis-à-vis nos hôtes ce qui ne manquait pas de raffinement.
Lorsque nous sommes arrivés devant son immeuble, il me désigna la place de stationnement la plus près et alla
se garer lui-même beaucoup plus loin. Je grelottais sur le trottoir. Je l'ai suivi dans les escaliers, il m'a ouvert la
porte et je suis entrée dans l'appartement le plus charmant que je n'avais jamais visité. C'était rempli d'objets hétéroclites,
il y régnait un joyeux désordre, des livres traînassaient un peu partout et les meubles étaient dépareillés, de toutes les époques.
Malgré tout, c'était propre sous le désordre. Ben m'aida à enlever mon manteau, s'appuya sur la porte, m'attira contre lui et il
m'embrassa. Sans autre façon. Je le trouvais culotté, mais j'appréciais tout de même, pour une des rares fois dans
ma vie, d'embrasser quelqu'un de ma hauteur. Il faut préciser que j'avais des bottes avec des talons de près de dix
centimètres pour en arriver là. Je mesure, sans talon, à peine 1.55 m. Alors il m'arrive plutôt rarement de me
faire embrasser sans être complètement renversée par en arrière. Surtout que j'ai tendance à choisir mes
partenaires plutôt baraqués.
Enfin, j'ai eu beau apprécier l'entrée en la matière, je trouvais le tout un peu brutal.
- Ben, j'ai mes règles. Et tu m'as d'abord proposé ta chambre d'ami alors...
- Ma proposition tient toujours. Mais il fallait que je t'embrasse, j'y ai pensé toute la soirée. Je nous
fais du thé ?
- Bonne idée !
Je reluquais sa bibliothèque, ma foi, fort impressionnante. La comédie Humaine de Balzac, Racine, Voltaire, tout y était, en vieilles éditions.
Cela expliquait son excellent français. Il y avait aussi tous les livres modernes que j'aimais, en anglais eux.
La collection complète d'Amélie Nothomb, John Irving et Mordecai Richler.
- J'ai hérité de la bibliothèque de mon oncle. C'est pour cette raison que j'ai des éditions très anciennes et
rares, dit-il derrière mon dos.
(Merde, suis fatiguée d'écrire, mais ce serait vraiment bête d'arrêter là hein ? :-P)
Nous avons discuté au moins deux heures, de tout, de rien, de livres, de musiques, puis vint le temps
de se mettre au lit. Il me prêta un peignoir, que j'enfilai par dessus mes sous-vêtements. Je tenais à
les conserver, comme symbole de chasteté, mais aussi, parce que je portais le plus adorable des ensembles. :-)
Je ne pris pas la peine de défaire le lit de la chambre d'amis. Je frappai à la porte de la sienne et le rejoignit
dans son lit. Je n'ai pas pu retenir un fou rire, en constatant qu'il avait des draps avec des Mickey Mouse. Je me glissai
sous sa couette, et lui offrit mes seins à embrasser. Ce dont il s'accomplit de bonne grâce. Puis il a posé sa tête sur mon ventre.
Je lui caressais les cheveux. En silence.
Le sommeil nous gagnait, j'étais bien, c'était doux.
Dans le brouillard, j'entendis une question. Je lui demandai de répéter.
- As-tu eu un enfant Sophie ?
- Oui, j'ai une fille, pourquoi tu me demandes cela ?
- Parce que les mères ont, dans le geste et dans le peau, une tendresse que les autres n'ont pas encore.
Que dire ? Sinon que je suis déjà... et profondément sous le charme. Et que la tête posé sur mon ventre, il n'a
pu que l'entendre.
Sophie