Just in time

Ouf ! Juste à temps !


Y'a pas a dire, ils sont malins les gestionnaires modernes ! Ils ont inventé ou copié de multiples façons de maximiser leurs activités. Ce ne sont pas les exemples qui manquent. On n'a qu'à lire les journaux pour apprendre, presque à chaque jour, qu'une multinationale restructure ses opérations ; ce qui, inévitablement, se traduit par la mise à la rue de milliers de travailleurs pour la plus grande joie des actionnaires ; ou encore, qu'on donne en sous-traitance telle ou telle composante, histoire de transférer à d'autres la responsabilité tout en créant quelques mac-jobs.

Il y a déjà dans ce bref paragraphe, lieu à élaboration sur plusieurs pages, mais je ne me permettrais pas d'abuser de votre temps qui est certainement aussi précieux que le mien. Je me limiterai donc à une interprétation personnelle d'une pratique maintenant rentrée dans les mœurs de toute entreprise manufacturière digne de ce nom. Le Just in time.Vous connaissez certainement ce procédé. Non ?  Laissez-moi vous expliquer brièvement.

Ça commence au Japon. Ne nous a-t-on pas assez vanté les méthodes nippones. L'ingéniosité n'a là d'égal que la courtoisie des Japonais et la beauté de leurs femmes. N'empêche que leurs méthodes ont été inventées par un Yankee mais, ne nous attardons pas à de tels détails.

L'industrie automobile japonaise, dans les années soixante, n'avait pas, pour l'alimenter en pièces, les énormes infrastructures dont bénéficiait l'Amérique, Aussi, devait-elle faire avec ce qu'elle avait, c'est-à-dire peu de choses. On confia donc à des milliers de micro-entreprises la fabrication des composantes des  voitures. Quand je dis micro-entreprises, je pèse mes mots. Si certains sous-traitants pouvaient avoir une certaine taille, des milliers d'autres pouvaient se limiter à une personne ou une famille qui bossait dans une ruelle avec des moyens et des outils de fortune, pour une poignée de riz et, bien entendu, sans la moindre protection ou le moindre avantage. Ces petites gens devaient livrer leur production directement sur les lignes d'assemblage des constructeurs automobile ou des autres industriels.  Pas terrible comme procédé mais, ça marchait et, de toutes façons, on n'avait que ça. L'approvisionnement Just in time était né.

Il y a vingt ans, je travaillais dans une très grosse boîte industrielle.  Partout dans les usines, de vastes espaces étaient prévus pour l'entreposage des pièces entrant dans le produit fini. Il y avait là assez de matériel pour opérer les usines pendant des jours.  Ça nécessitait évidemment de l'espace et des capitaux importants dévolus au financement de ces montagnes de pièces mais, on considérait à cette époque qu'un arrêt des lignes était bien plus coûteux que le stockage massif.  On a bien vite découvert les avantages du système des Japonais. La livraison Just in time n'aurait que des avantages si, avec les moyens industriels occidentaux, on pouvait contrôler la qualité des intrants et assurer la régularité et la constance des approvisionnements. Doucement d'abord et puis massivement par la suite, la pratique se généralisa. Un été, ils ont construit des portes de garage et des quais de débarquement tout autour des usines. Quand la production redémarra après les vacances, on y était. Tout se faisait  désormais en Just in time. À vue de nez, il n'y avait que des avantages. Comment n'y avait-on pas pensé avant ! Plus d'énormes et coûteux espaces de stockage et surtout, plus de monstrueux inventaires à financer. Si une pièce est défectueuse, on peut réagir rapidement sans avoir 10 000 mauvaises pièces sur les bras. En somme, les industriels réalisèrent avec ce système des économies colossales qu'ils se sont empressés, vous pensez bien, de refiler à leurs clients... ? NON ! À leurs actionnaires voyons !

Il y a par contre, comme à toute médaille, un autre côté.  Si le premier est d'or, le second est moins lumineux. Je m'explique :
À l'époque des grands stocks, le train régnait en maître dans la grande industrie. Les trains, l'aviez-vous remarqué, circulent sur des rails, là où ils ne dérangent personne et où ils ne font pas trop de dommage. Encore de nos jours, le transport ferroviaire est, et de loin, le plus économique moyen de transport pour les marchandises lourdes et volumineuses. Bien sûr, ça prend plus de temps et il faut financer le matériel pendant tout ce temps. Alors, on fait dans le Just in time. Est-ce vraiment moins coûteux ? Pour les industriels oui, mais pour vous et moi, non, c'est certain. Voici pourquoi :

Ces longs trains qui sillonnaient nos campagnes et qui distrayaient les vaches ont été largement remplacés par des camions. Et les camions, l'aviez-vous remarqué, ne circulent pas sur des rails où ils ne dérangeraient personne et où ils ne feraient pas trop de dommage. Quand on élimine un bucolique chou-chou, c'est cent énormes camions qu'on met sur les routes où ils défoncent sans vergogne les chaussées qu'il nous faut inlassablement réparer à grands frais. Ils causent aussi un nombre terrible d'accidents, encombrent les voies de communication et polluent l'environnement énormément plus qu'un bon vieux chou-chou. Tenez, on parle même de construire à Montréal un nouveau pont qui enjamberait le Saint-Laurent vers la rive sud. Si jamais on le fait, le prix serait dans les neuf zéros... Devinez un peu qui va trinquer dans cette histoire ? Eh oui ! Vous et moi. Par nos déraisonnables taxes, nous subventionnons les grandes entreprises qui empoisonnent notre air, encombrent et démolissent nos routes et collatéralement, causent un nombre effarant d'accidents coûteux et ou mortels. Toute une économie  hein !


Bonjour chez-vous !

Them
1er juin 2001

Édition et mise en page: Polysec