Vie d'usine 
 Épisode 2

L’été suivant, me semble-t-il, la compagnie faisait d’importantes rénovations dans la «  Paint shop  » .  La chaleur n’avait pas pour autant diminué, l’eau n’en voyageait pas moins d’un opérateur à l’autre et, la sophistication s’alliant à l’expérience, les méthodes de rafraîchissement involontaires se raffinaient.

Ces locaux, vous vous en doutez bien, étaient immenses et les infrastructures ne l’étaient pas moins.  Ainsi, haut au-dessus de nos têtes, d’énormes conduits de ventilation sur lesquels des hommes pouvaient aisément marcher quatre de front, couvraient l’ensemble de l’atelier.  Rien de plus facile que d’y grimper et d’y installer des pièges perfides et ne sentant pas nécessairement l’eau de rose.  Combien de douches involontaires et rapides furent prises en ces années bénies ! Bref...

Un gars de la construction se présente à un abreuvoir.  Il a soif.  C’est normal, il fait une chaleur d’enfer.  Il se penche sur le jet rafraîchissant et, au même moment, un sableur tire sur une corde dont l’extrémité se perd dans les hauteurs mais, l’autre extrémité de la corde, traîtresse, fait basculer, juste au-dessus de la tête du gars un gros seau de cinq gallons d’eau, encore fraîche car, le seau fut rempli souvent cette semaine-là.  Splash ! Le poids de l’eau, augmenté par vingt-cinq pieds de chute péta la tête du gars dans le fond d’inox de l’abreuvoir.  Dire qu’il en fut frustré serait un euphémisme.  Il en tremblait des babines.

Peu de temps après, le « tireur de corde », Hervé, s’approche de sa victime et lui dit « Regarde, ton confrère de la construction s’approche le l’abreuvoir.  T’as qu’à te cacher là et, quand il est penché sur l’abreuvoir, tu tires sur la corde et SPLASH !  Ce sera son tour.  Le gars embarque joyeusement et se cache, cordeau en main, prêt à humecter à son tour un de ses collègues. L’autre commence à boire et le premier, tirant sur la corde, reçoit une deuxième chaudière qu’il s’était versée lui-même sur la tête.  Par chance, prudent, Hervé s’était éloigné de sa victime sinon, ça aurait bien pu être sa fête.  C’est pas dans un bureau climatisé du centre-ville qu’on rigole de la sorte.

Tour de robot :

Durant ses années fastes, la compagnie organisait, presque tous les ans, des visites libres de l’usine.  Il y avait un trajet balisé et les gens n’avaient qu’à suivre cet itinéraire pour bien voir sans empêcher la production.  Le long de cet itinéraire, il y avait un atelier de « maintenance »  où des gars de métier, disposant de quelques temps libres, avaient aménagé un drôle de truc.  À-côté de cet atelier, il y avait un énorme robot hydraulique ; un gros Cincinnati à six axes.  Pour réchauffer l’huile, ces machines ont un cycle de préparation où les machines sont activées dans chacun de leurs axes, de telle sorte qu’on dirait que le robot souffre d’une forme avancée de la maladie de Parkinson.   Profitant de l’affluence de visiteurs devant leurs « crib »,  les électriciens avaient bourré une combinaison en Tyvek avec je ne sais quoi et ils avaient fabriqué une tête sinistre à leur mannequin et lui avaient mis des bottes de travail.   Le « dummy »  avait été pendu par un nœud coulant à la main du gros Cincinnati et se faisait brasser comme un fétu de paille.  Autour du cou, il portait un écriteau « Tour de robot : 1 $ »  .   L’effet fut si comique que la photo fit le tour de toutes les publications de la corporation.

 

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Édition et mise en page: Polysec