Vie d'usine 
 Épisode 3

J’avais un collègue, joueur de tours de profession et soudeur par besoin.  Disons, pour les besoins de la cause, qu’il se nommait Doris. Médiocre soudeur, intelligent comme une endive, entêté comme une bourrique mais doué d’une imagination sans limites pour les mauvais coups, doublée d’une naïveté telle qu’il lui était impossible d’évaluer les conséquences de ses actes si jamais il avait été pris.  Heureusement pour lui, il s’en est toujours tiré. 

Du temps où il travaillait à l’atelier de carrosserie, il avait un superviseur prénommé Gaby.  Un énorme obèse, pas méchant, sur qui les pires injures coulaient comme sur le dos d’un canard.  Gaby portait toujours un sarrau bleu-gris, toujours le même ; et ce vêtement, visiblement, n’avait jamais connu la lessive, de telle sorte que les poches en étaient comme imperméabilisées par les huiles et autres cochonneries qu’il trimbalait toujours.  Jamais Gaby ne surprenait ses hommes en faute, trahi qu’il était par les émanations nauséabondes de son éternel cigare qui le précédait partout.

Un jour, Doris entre dans le bureau de Gaby, absent à ce moment-là.  Le sarrau pendait à la patère.  Doris nous raconta comment il fut étonné de l’imperméabilité des poches de Gaby quand, devant témoins, il pissa dedans. 

Outre son métier de soudeur, Doris excellait dans la peinture à la cannette.  Vous ai-je dis qu’il arrivait aux hommes de métier de se reposer les yeux, particulièrement après les repas ?  Il est arrivé quelques fois qu’un gars de métier, épuisé par un labeur à la maison, pique un roupillon dans un coin. À titre d’exemple, je vous citerai  le cas de Jacques, le tuyauteur...

- Jacques ! Tu dors batèche !

- Ben non boss !  Je me reposais les yeux l’un après l’autre mais là, tu m’as poigné dans le transfert. Suite aux repos oculaires, très recommandés pour la digestion et la résolution de problèmes techniques, il n’était pas rare de croiser dans l’usine un homme de métier arborant, cadeau du célèbre peintre, une bottine bleue et l’autre jaune, apparues pendant la sieste.

Sinistre la vie d’usine ?

À suivre...

 

THEM

 Édition et mise en page: Polysec