Les mouches

(S'scuse-moi Camus)

On n’attire pas les mouches avec du vinaigre c'est bien connu ... Quoique, au prix du balsamique, ces horribles insectes versent dans un snobisme exagérément  hautain.

Ainsi en est-il du lecteur de quotidiens ordinaire.  Les journaux à forte propension jaunâtre, ou moins avouable encore, nous ont habitués depuis belle lurette, avec leurs styles faciles, à lire entre les titres et à extrapoler de la futilité des contenus à la simple lecture des titres.  Toutefois, les journaux sérieux (...) noblesse oblige, se gardaient bien, jusqu'à ces derniers temps, d'user de si vulgaires stratagèmes pour attirer, tel le papier englué les mouches, le lecteur sélectif.

Outre  mon Devoir quotidien, très class et rigoureux, peu de journaux ont résisté à l'appel du papier-mouche. Ainsi, même La Grosse Menteuse de Power Corp. y va allègrement d'attrape corniauds avec des titres accrocheurs. On arbore en grosses lettres grasses un titre accrocheur faisant allusion à un sujet chaud et dont la plèbe attend avec impatience des développements.  Le poisson est ferré. Le lecteur attaque alors avec concentration l'article prometteur.

Comme d'un vase dans un musée, le journaliste tourne autour du pot.* Allons ! Aux faits ! pense le lecteur. Allons ! Allons  ! Du calme ! Il faut bien une mise en situation, raisonne la rigueur intérieure du même lecteur... La boucle finira bien par se boucler et, comme dans une trilogie Wagnérienne, la lumière se fera éblouissante, dès que le futé rédacteur aura mis en place tous les éléments indispensables à la compréhension du lecteur, voyant sous ses globes oculaires éberlués éclater l'illumination sublime de la compréhension.

Sauf que, dans la vrai vie, ça ne se passe plus comme cela.  Une courte phrase, banale, accessoire et dénuée de sens véritable fait, dans le dernier paragraphe, une allusion minimaliste au titre putassier qui accrocha nos yeux curieux. Ouate de phoque ! Le message a été  passé. On a réussi à vous faire lire ce qui ne vous intéresse pas le moins du monde.

Ne vous est-il pas déjà arrivé à vous aussi de vous arrêter au milieu d'un article en vous demandant Mais qu'est que je lis là moi ? Ce  truc ne m'intéresse pas ! On a, en quelque sorte violé votre liberté de choisir. Bref, on vous a rempli comme une amphore, on a abusé de votre temps et de votre confiance en la rigueur journalistique.  On ne manipule plus que l'information, on manipule aussi l'informé, guidant ce dernier par des appâts odorants vers ce qu'on a décidé à sa place qu'il devrait lire.  La  désinformation a décidément plusieurs masques.



Bonjour chez-vous  !

Them

* La métaphore est de  Ricet Barrier.


4 juin 2001

Édition et mise en page: Polysec